( 25 mai, 2007 )

Tome 1 : Nature morte sur la lagune

La brume qui enveloppait Venise en ce 12 février 1748, rendait la ville fantomatique. Les jaquemarts de la Torre dell Orologio venaient de sonner cinq coups. Le matin était encore un projet. Seul le clapotis des vagues qui mourraient sur le molo, donnait un peu de présence à cette léthargie ambiante. La Piazza dormait. Le campanile était noyé dans ce brouillard, coupé en deux par cette nappe blanche. Le palais des Doges était plongé dans le silence.

Seule une silhouette rompait la monotonie chromatique, inscrivant une note de couleur dans cet océan gris clair.

Elle Passa sous les arcades de la Libreria, débouchât sur la Piazzetta, et longeât la Basilique dont le quadrige semblait être le seul témoin de sa présence, avant de prolonger vers la Piazzetta dei Leoni. Le froid ne faisait pas reculer deux rats qui déambulaient sur les quais humides près du pont des soupirs. L’ombre remonta la calle Canonica. Le brouillard semblait une peau fine posée sur la Sérénissime. La silhouette releva son écharpe sur son nez. Encore un peu de chemin et elle serait arrivée.

La figure fantomatique s’écroula à terre. Un couteau planté dans le dos. La brume l’avala, vorace comme la mort.

§§§

Le chef de la cellule noire n’aimait pas ça.

Être réveillé trop tôt.

Tout ça pour un cadavre trouvé près du palais. Mais le Conseil des Dix était formel. Le carnaval est une fête. Pas de troubles majeurs pendant les réjouissances.

Le voilà donc dehors Giovanni Gallardini. Un peu bougon par ce réveil trop matinal. La brume tendait son suaire sur les monuments vénitiens que Gallardini connaissait depuis toujours. Né dans le sestiere du Dorsoduro, un des six quartiers de Venise, il avait passé toute son enfance entre les ruelles de la Sérénissime et en connaissait chaque coin.

A première vue, rien d’extraordinaire autour de ce cadavre. Allongé sur le ventre, les bras relevés vers la tête. Le couteau planté dans le dos jusqu’à la garde témoignait cependant d’une force certaine. Le sang n’avait pas coulé au sol. Il était resté dans les fibres du manteau, l’ourlant d’une large auréole rouge. Son visage exprimait la surprise plus que la douleur. Pas de trace de coups ni de lutte. Ses vêtements étaient bien mis sur lui.

Rien dans les poches.

Identité inconnue.

Gallardini alla se poster contre un mur le long de la fondamenta Apollonia.

Quel froid !

Son regard erra sur ses pieds qu’il tapait au sol et accrocha une touche de couleur sur ce gris uni du sol vénitien. Gallardini s’accroupit, toucha d’un index froid la tâche.

- Du sang ? demanda Sansino, son adjoint, un petit homme trapu et à la figure toujours joviale.

- C’est bon, emmenez le corps au chirurgien du palais, répliqua Gallardini en se relevant.

Deux soldats chargèrent le corps sur une barque arrimée non loin de là.

- Je rentre chez moi, finit par dire Gallardini à Sansino.

La brume morcela son contour et l’engloutit, comme affamée par cette vie.

 

§§§

 

la suite reste à lire…

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