( 25 mai, 2007 )

La caste des assassins

Venise, septembre 1753.

Le salon de ce palais était richement décoré. Plafond peint, tableaux aux murs, tapis et meubles élégants.

Deux coups retentirent discrètement à la porte. Un valet portant un plateau d’argent, entra et s’approcha d’un fauteuil.

- Une lettre, signore.

Les mains posèrent le livre et saisirent l’enveloppe. Le valet quitta la pièce.

Les mains ouvrirent la missive. Le papier était blanc.

Une main approcha une bougie derrière la feuille. Les caractères apparurent à la lumière de la flamme.

IVIXXVXXI VIXL XVIXVIIIVXXV IVIIILVIIIVXXVI

 

Les mains plièrent le papier et le posèrent dans le livre qui se referma sur le message sibyllin. L’homme se leva et ouvrit la porte.

- Mon tricorne et ma canne. Je sors.

 

Quelque temps après, le valet entra dans le salon, prit le livre et récupéra le message. Puis il sortit à son tour.

 

L’homme parcourait les rues de Venise animées d’une populace joyeuse et travailleuse. Des barriques de vins étaient déchargées sur les quais, on vendait des étoffes, des pêcheurs montraient leurs poissons, des amis discutaient entre eux.

La silhouette quitta les calli pleines de bruits et s’engagea dans une ruelle plus calme. Il passa sous une arcade et frappa à une porte dérobée, sous l’arche.

Un individu aux vêtements simples ouvrit. Sa mine n’était guère réjouissante.

- Il est là ? Questionna l’homme avant d’entrer.

La porte se referma derrière lui.

 

L’homme entra dans un vaste salon aux tentures défraîchies et déchirées. Le tissu des murs se décollait par endroits. Deux ou trois tableaux sans intérêts étaient accrochés. Les tapis élimés semblaient hors d’âge. L’homme se dirigea vers un canapé où se tenait affalé une silhouette longiligne.

- Le message est arrivé Marzini. Tu sais ce qu’il te reste à faire.

 

Au même instant, sous les arcades du palais des Doges, une main glissa un papier dans la bocca della verita, une fente à tête d’homme, propre à recevoir messages et dénonciations en tout genres.

« Je connais des gens au palais qui seront heureux de déchiffrer cette énigme. »

 

§§§

 

Le soir tombait sur la Sérénissime. Quelque part, se déroulait une étrange réunion.

Un homme se leva de la table où il se tenait. Face à lui, une petite assistance était assise.

 

- Frères de la très hermétique Voarchadumia. Après avoir discouru de l’emplacement de l’âme et de la gémellité du Christ, et avoir entendu les arguments du frère Leonardo da Vinci et son contradicteur Nicolas Fabri de Pereisc, nous allons nous pencher sur un projet passionnant : le transport dans les airs. Je laisse la parole au frère Gédémus Rijsenstein.

 

Gédémus approcha de la table du président de séance, Pico della Mirandola, et fit face à l’assistance.

- Les travaux entrepris par le frère da Vinci portaient sur la descente du ciel par un homme suspendu à une toile et sur le vol, mû par la force physique. Mon invention utilise la propriété de l’air chaud, plus léger que l’air froid. Elle se compose d’une grande toile de voile, sous laquelle est suspendu une nacelle en osier dans laquelle quatre personnes peuvent prendre place. Les essais préliminaires du haut des campaniles ont porté leur fruit. La phase ultime est celle de l’essai grandeur nature. Voici les plans.

Gédémus souleva un voile. Sur un chevalet, un schéma descriptif était accroché.

 

Léonard de Vinci s’approcha. Son fantôme rendait une image diaphane. Il examina les plans de Gédémus.

- Cette idée apparaît plus réalisable que ma machine volante. Frère Gédémus, je vous félicite.

- A quoi sert de voler ? Le ciel seul est réservé aux oiseaux. Nous n’avons rien à y faire ! La seule façon de s’élever pour l’homme, est dans l’art et l’architecture !

- Frère Michelangelo, votre position est respectable, dit le président de séance, mais les travaux de notre frère méritent attention. Le collège vous donne son approbation frère Gédémus. Vous pouvez tenter votre expérience. La séance est levée.

- Qu’il en soit ainsi. Mais j’aurais vraiment aimé être le concepteur de ce ballon à air chaud, soupira Léonard, avant que son fantôme ne s’efface.

 

§§§

la suite reste à lire…

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