( 25 mai, 2007 )

L’alliance de Baalberith

La nuit s’étendait sur la lagune et la Sérénissime. Les pas d’un homme apeuré résonnaient dans sa course à travers les calli de Venise.

Non loin de là, Gallardini marchait, pensif.

« Je ne vais pas pouvoir continuer comme ça… ».

Il franchit un pont tranquille. La lune se regardait dans le miroir noir du rio.

« …Partir quand son mari rentre ».

Les ruelles étaient calmes et désertes.

« J’ai les mœurs d’un français ».

Il s’engagea dans un passage.

« Bel exemple en vérité… ».

L’homme se jeta dans les bras de Gallardini.

- Aidez-moi !! Les forces des ténèbres…Elles me veulent ! dit-il accroché à son cou.

Gallardini tenta de se dégager.

- Vous délirez. Laissez-moi ! Ordonna t-il.

L’homme s’agrippait à sa veste.

- Je suis déjà mort ! Secourez-moi !

L’homme disparu brutalement.

« Drôle d’air pour un triste hère… » Pensa Gallardini, avant de reprendre son chemin.

L’homme continua sa course le long du corte Capello. Il s’arrêta net. Devant lui, une ombre géante barrait le passage. Il se retourna pour fuir. Le passage était bloqué par une autre ombre qui venait d’arriver et se dressait menaçante.

Une troisième ombre surgit devant lui comme tombée du ciel d’encre. Ses deux ailes noires entourèrent l’homme captif.

- Tu as volé l’alliance…gniii…désormais tu appartiens à notre royaume…gniii.

L’homme recula, terrifié.

-…Non !!

Le corps de l’homme fut comme frappé par la foudre. Il retomba lourdement au sol, sans un cri. Mort.

- Fouillez-le…gniii.

Deux ombres s’activèrent sur le cadavre.

- sss c’est sssans sssuccès…il n’a plus l’alliance…sss, dit l’une d’elles.

- rrhâââ…où l’a-t-il caché …rrr ?

- Rien n’est perdu…gniii…je la sens proche de moi…gniii.

Gallardini continuait sa marche.

« C’est décidé, j’arrête de la voir ! »

Son reflet déchiqueté dansait dans l’eau du rio Orseolo, qu’il longeait.

« J’arrête de la voir…comme un voleur ».

Il s’arrêta un bref instant, et fixa la lune qui jouait entre deux nuages sombres.

« Fichue histoire…Femmes je vous hais…me ».

Gallardini plongea les mains dans les poches.

« Qu’est-ce que c’est ? »

Il en tira une bague qui semblait d’argent.

« Ça n’est pas à son mari ça ?! »

« De plus mes vêtements étaient loin de son lit… »

« Elle aura voulu me faire un cadeau ».

Gallardini enfila la bague autour d’un de ses doigts.

« Trop grande. Je la lui rapporterai demain soir ».

L’anneau se resserra autour du doigt de Gallardini. La bague s’alluma.

- Mille lagunes ! s’écria t-il.

Gallardini observait l’anneau gris, intrigué. Il remarqua des étoiles à neuf branches gravées dessus, ainsi que quatre lettres : A.M.S.G.

« Joli bijou ma foi. Il me faudra la remercier. Rude soirée en perspective… », songea t-il.

Gallardini reprit son chemin. La ruelle dans laquelle il venait de pénétrer était sombre et silencieuse. Pourtant il distingua un corps, gisant.

Il s’agenouilla et reconnu l’homme qui l’avait accosté.

La bague s’illumina à nouveau. Le corps se désagrégea sur place, s’enfonçant dans le pavement, comme une boue liquide. Puis il disparu, totalement avalé par le sol.

La bague s’éteignit. Gallardini fixa sa main.

« Cela ressemble fort au début des ennuis ».

Il tourna les talons et reprit sa marche.

« Et les ennuis se partagent. Puis, il y a longtemps qu’on ne s’est vu. ».

§§§

Le campo di ghetto nuovo était désert.

L’immeuble dans le coin. De la lumière sous la coupole. Il était là.

Deux coups brefs à la porte.

- Entre Giovanni.

- Comment as-tu fait ?

- J’ai reconnu le son de tes doigts.

- Tu m’étonneras toujours Gédémus.

Rijsenstein désigna une table.

- Un peu de chocolat ? C’est une mode française. Mais j’y mets du lait à la place de l’eau. C’est bien meilleur. Les français manquent de raffinement.

Gédémus alla s’asseoir près de la cheminée.

- Quel vent d’inquiétude t’amène ?

- L’envie de te voir, simplement.

- À cette heure de la nuit ? Taratata, cette visite n’est pas de courtoisie.

Gallardini posa ses mains sur les accoudoirs d’un fauteuil pour s’asseoir face à son ami.

- Quelle est cette alliance ? Questionna Gédémus.

- C’est un peu pour ça que je suis là.

Gédémus prit la main de son ami, et observa en détail le bijou.

- D’où la détiens-tu ?

- D’un fou qui est mort.

Gédémus soupira. Il ôta ses lorgnons et se cala au fond du fauteuil.

- Par tous les versets de la Torah, de quelle nature procèdes-tu pour te fourrer dans des guêpiers en permanence ?

- Mais je n’ai rien fait Gédémus !

Rijsenstein fixa Gallardini.

- Justement. C’est maintenant qu’il va falloir agir !

§§§

la suite reste à lire…

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