( 25 mai, 2007 )

L’incube rouge

Debout sur le fondamenta San Giacomo, Gallardini attendait le passeur de rives. Le vent de ce brûlant mois de juillet soufflait dans ses cheveux, agitant une coiffure qui n’aimait pas le peigne. L’ombre de la basilique du Redentore portait sur le quai. Les mouettes, insolentes rieuses, traversaient le canal d’un vol léger. Gallardini les observait. Ce ciel, ces nuages, et ces monuments. La lumière. Venise comme un diamant aux mille facettes et à l’éclat unique, était seule détentrice d’une magie envoûtante. Au loin le passeur et sa gondole arrivaient.

« Sale affaire, pensa Gallardini. Puccero ne va pas apprécier ».

Le passeur arriva. La gondole noire dansait sur les flots. Gallardini monta à bord. Une femme, plutôt jolie était déjà installée. Gallardini eut un léger mouvement de la tête pour la saluer, puis il s’assit en lui tournant le dos. Le passeur avait reprit son itinéraire.

La jeune femme regardait Gallardini avec insistance. Celui-ci sentit son regard et se tourna vers elle. Il fut surprit qu’elle ne détourne pas les yeux et continue à le fixer. Plutôt jolie au premier coup d’œil, elle s’avérait très jolie après un examen plus attentif. Des cheveux blonds, une petite dentelle posée sur le sommet de ce champ d’épis, de beaux yeux clairs, un nez petit et fin et une bouche délicieusement ourlée, surmontée de deux pommettes.

Quel âge pouvait-elle avoir ? Vingt ans, guère plus. Seule ? Riche à en juger par ses atours.

Sa bouche entrouverte laissait passer l’éclat de ses dents. Un bout de langue glissa d’une commissure à l’autre. Drôle de manière pour une patricienne. Gallardini aimait cela, les femmes simples qui allaient directement là où elles voulaient arriver.

Le passeur accosta sur le molo. Gallardini descendit à grands regrets. Il sentit le regard féminin l’accompagner vers la piazzetta.

§§§

Gallardini s’assit à peine dans son fauteuil, que la porte résonna de deux coups brefs.

- Buongiorno. Désolé pour mon retard.

- Comment va ta femme, Sansino ?

- Elle se remet.

- Trois enfants d’un coup, tu bégayes ?

- Ne vous moquez pas. Cela me fait quatre femmes à la maison maintenant.

- Mon pauvre Sansino. Je ne t’envie pas. Bon je te raconte. Le richissime banquier Francesco Pisani a été retrouvé mort, le crâne défoncé par un objet carré, dans la basilique du Redentore. Vieux et très malade, il a certainement fait un testament. Le père abbé Becetto l’a trouvé ce matin, dans le confessionnal. Sa fille a été prévenue. Il est veuf.

- Des indices ? demanda Sansino.

- Aucun. À part cet objet carré qui a enfoncé le crâne. Je ne sais pas ce que c’est. Il semblait mort depuis plusieurs heures. L’abbé Becetto était absent. Il n’est revenu que pour les Laudes, et il l’a découvert. L’office n’a pas eu lieu.

- Pourquoi tuer un vieillard malade ? Pour l’héritage ? Il suffit d’attendre, la patience est toujours récompensée.

- Surtout quand on connaît le testament, répliqua Gallardini. La seule motivation est quand tu es déshérité.

- Alors qui ? Vous avez interrogé la fille ?

- Nous y allons.

- Nous ?

- Hé oui, mon cher Sansino, je t’arrache à tes femmes. Remercie moi pour ce moment de liberté.

Sansino soupira. Il suivit Gallardini.

 

§§§

 

la suite reste à lire…

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