( 25 mai, 2007 )

Le sang d’Attila

Venise de nos jours.

Les deux hommes qui arpentaient les ruelles du sestiere Cannaregio avaient attendu ce moment depuis longtemps.

Des mois d’attente, de procédure, de demande, de contrôle, où il avait fallu fournir moult renseignements, motivations en plusieurs exemplaires.

Renouveler la demande.

Attendre.

Et encore attendre.

Encore.

Et toujours.

Enfin elle arriva. Enveloppe anonyme.

Le texte, bref : « rendez vous mardi 5 de ce mois, dix heures, à l’Abbazia della Misericordia. Soyez à l’heure. »

Pas le temps de s’organiser. Il fallait partir de suite. Précaution supplémentaire ?

Les deux hommes franchirent le pont. Le campo de l’Abbazia était bien tranquille. Ils pénétrèrent dans l’église.

L’atmosphère froide et sombre enveloppa les visiteurs. L’église était déserte. L’un des hommes regarda sa montre : neuf heures cinquante neuf.

Ils s’assirent et attendirent. Ils étaient seuls.

- Le présent a une faim de loup, dit une voix dans leur dos.

- Il se nourrit du passé pour apaiser son appétit, répliqua un des deux hommes.

Ils se retournèrent.

Deux rangées derrière, un moine était assis. Capuchon relevé. On ne distinguait pas son visage.

Par où était-il arrivé ?

- Suivez-moi, dit le moine.

Ils se levèrent et se dirigèrent vers un confessionnal.

- Entrez.

Les deux visiteurs pénétrèrent dans la petite enceinte. Le rideau se rabattit. Le confessionnal pivota contre le mur. Une pièce s’ouvrit face à eux. Une simple table, une haute fenêtre inaccessible lançait une lumière irisée.

- Nous serons mieux ici, dit le moine.

Il sortit un ouvrage de sa robe de bure et le posa sur la table.

- Les autorités ont pris en compte votre requête. Elles vous accordent la consultation des archives secrètes pour une période limitée. Au moindre faux pas, cet accès vous sera fermé à jamais.

- Nous cherchons à mieux connaître une cellule secrète, rattachées au Conseil des Dix, et s’occupant d’évènements singuliers, dit l’un des hommes.

- La cellule noire. Une entité bien particulière. Soumise à l’autorité unique du président du Conseil des Dix. Le doge même, ne connaissait pas tout de ses agissements. Elle a été créée au début du XVIe siècle, et ses prérogatives s’étendaient sur les phénomènes paranormaux, ésotériques et inexpliqués. Protégée par un secret des plus opaques, cette cellule n’a jamais eu d’existence officielle. Plus discrète encore que les services secrets, elle avait toute possibilité d’action sur ordre express du président des Dix. Voici un rapport d’un des ces éléments les plus brillants. Il vivait au XVIIIe siècle, et s’appelait Giovanni Gallardini. Vous en apprendrez bien plus en lisant ceci.

Le moine s’approcha du confessionnal.

- Un dernier détail. Vous ne pouvez quitter cette pièce. La consultation de cette archive n’est possible qu’ici. Vous avez une quantité d’oxygène limitée au temps de cette consultation. Au-delà, les bougies s’éteindront et l’oxygène viendra à manquer. Inutile de chercher à briser cette fenêtre, le verre est blindé. De plus, le confessionnal sera bloqué. Si vous vouliez franchir cette porte sans autorisation malgré tout, vous vous exposeriez à une mort certaine.

Le moine entra dans le confessionnal.

- Bonne lecture signori. Vous êtes plus en sécurité dans cette pièce que dans ces pages.

Le confessionnal bascula.

Les deux hommes se regardèrent.

- Tu crois qu’il plaisantait ?

- Ne traînons pas.

Le manuscrit s’ouvrit. Une écriture du passé s’offrit à la lumière diaphane.

Mémoires secrètes et édifiantes sur des agissements et phénomènes mystérieux, au temps de la Sérénissime.

Par Giovanni Gallardini, agent spécial de la Sérénissime et responsable de la cellule noire du Conseil des Dix.

Année 1749.

- Le rapport dont parlait le moine. Il date de 1749. Voyons ce qu’il raconte.

§§§

La suite reste à lire…

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