( 25 mai, 2007 )

Tome 6 : L’envol du saint

Janvier 1783.

Quartier du dorsoduro. Des pas martelaient le sol du campo Sant’Agnese . Une petite enfilade de ruelles, un immeuble le long du canal di San Vio. Un regard vers le large et l’église du Rédempteur au loin, sur l’île de la Giudecca.

L’homme pénétra dans l’immeuble. Quelques marches plus tard, il frappa à une porte.

L’homme qui ouvrit avait soixante-huit ans. Grand, mince, les cheveux blancs.

- Buongiorno signore Gallardini.

- Entrez Casanova.

L’appartement était sobrement décoré. Un appartement de solitaire.

- Je quitte Venise. Définitivement cette fois, déclara Casanova.

- J’ai appris. Votre pamphlet contre les autorités vous a causé du tort.

- L’occasion était trop belle. J’aurais été stupide de la rater.

- Méfiez-vous Casanova. A 58 ans les routes sont plus longues.

- Je ne serais pas parti sans vous dire adieu.

- Vous me flattez.

- J’ai travaillé comme agent secret de la Sérénissime durant six ans. Rendre hommage à un de ses meilleurs éléments tombait sous le sens.

- Votre vie est agitée, chevalier de Seingalt. Je crois que je vous envie.

- Que faites-vous à présent ?

- Je me laisse bercer par la vision de Venise. Ma seule et éternelle maîtresse. Et puis j’ai décidé d’écrire mes mémoires. J’ai moins voyagé que vous, mais mes aventures en valent la peine.

- Je serai votre premier lecteur. Il faudra que je m’attelle à la rédaction des miennes un jour. Ce serait la plus sage de mes décisions. Qu’est devenu votre fidèle Sansino ?

- Mort. Au cours d’une enquête qui fut ma dernière. Ceci me décida à arrêter.

- Je vous admire Gallardini. Vous ne croyez pas en la grandeur de Dieu ni des hommes, et pourtant vous en êtes le reflet.

- Où allez-vous ?

- Partout et nulle part. Mes semelles sont de vent. Mais elles n’ont ramassé que de la poussière.

- Adieu Casanova.

- Adieu Gallardini. Si le paradis existe, nous nous y reverrons. Le bien que nous avons apporté, l’emportera sur le mal que nous avons fait.

 

Gallardini regarda à la fenêtre. Venise. Toujours.

Il s’assit à sa table, prit une plume et commença à rédiger.

«  Venise la Sérénissime, n’a pas toujours été aussi sereine… 

 

Avril 1751.

Place Saint Marc. La foule des sénateurs, patriciens, bourgeois, marchands et le peuple, se pressait à l’intérieur de la basilique. En ce dimanche matin, la messe de Pâques allait être célébrée par le prêtre de Saint Marc.

Le doge était présent, assis au premier rang, entouré par les membres du collegio.

- In  nomine Patri, et Filii, et Spiritus Sanc …fit l’ecclésiastique. Il ne termina pas sa phrase. Le bedeau monta sur l’autel, affolé. Sa phrase glaça l’assistance.

- On a dérobé la relique de Saint Marc !

La catastrophe venait de s’abattre sur Venise.

 

§§§

 

la suite reste à lire… 

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