( 7 septembre, 2012 )

L’incube rouge

En ce chaud début de juillet, le riche banquier Francesco Pisani a été retrouvé le crâne défoncé, dans la basilique du Rédempteur. Gallardini, appelé pour résoudre l’énigme, pressent des difficultés. Il en est toujours ainsi avec les riches.

 

Ses soupçons étaient justifiés car le voilà embarqué dans une série de meurtres touchant des hautes personnalités de Venise.

 

Les veuves, sont-elles vraiment innocentes ? Devant la fortune dont elles héritent, le doute est permis.

Et puis il y a cette jeune femme superbe, croisée dans une gondole, en revenant du lieu d’un meurtre.

Pourquoi en tomber amoureux ?

Pourquoi disparaît-elle brusquement après avoir endossé l’héritage de son oncle, le banquier Pisani ?

Et les dons à cet ordre religieux situé sur un îlot dans la lagune, sont ils désintéressés ?

 

Une présence inattendue va être pour Gallardini le révélateur. Mais cette présence est morte depuis sept ans…Venise est étrange.

 

Gallardini et Sansino vont être confrontés à des meurtres rituels.  Qui est derrière ceux-ci et dans quel but ?

( 5 septembre, 2012 )

Nature morte sur La lagune

Venise, février 1748, le carnaval a commencé. Les rues de la Sérénissime sont désertes dans cette nuit froide et brumeuse. Seule une ombre parcourt la place Saint Marc, pressée de rentrer chez elle. Elle s’écroulera  poignardée.

 

Le chef de la cellule noire, Giovanni Gallardini, sur ordre du Conseil des dix, instance qui gère les affaires secrètes de Venise, doit assurer l’ordre pendant le carnaval. Il est amené à s’occuper  de ce cadavre contre son gré.

Lors de son inspection, il aperçoit des tâches sur le sol, près du corps.

 

La victime, après enquête, est un apprenti chez Tiepolo, le peintre. Gallardini pense à un règlement de compte sans suite et se désintéresse de l’affaire, qu’il pense confier à son adjoint Sansino.

Un deuxième cadavre est retrouvé, tué en pleine nuit. Il est également apprenti chez Tiepolo. Les tâches au sol sont encore présentes.

 

Tiepolo est un personnage important à Venise, et Puccero, le président du Conseil des Dix exige que Gallardini prenne l’enquête à sa charge.

 

Un troisième corps, complique encore la situation. Les traces suspectes sont toujours présentes.

 

Alors que Venise s’amuse dans les palais et les rues, Gallardini demande l’aide de

Tiepolo qui perd ses apprentis un à un. Celui ci ne veut rien faire. Sa succession semble déjà assurée.

Deux corps sont retrouvés. Encore un apprenti et sa compagne, qui n’ont pas voulu aider Gallardini et ont cherchés à  fuir Venise.

Pas de tâches au sol. Mais une, infime, sur le visage de la femme.

 

Gallardini croit savoir.

Il retrouve des traces dans une barque.

Son adjoint identifie les tâches. Mais il n’a pas compris.

Les deux enquêteurs tendent un piège. Le tueur est neutralisé à la stupéfaction de tous.

Qui est-il ?

D’où vient-il ?

Quelles sont ses motivations ?

Par qui est-il mandaté ?

( 25 mai, 2007 )

La Sainte Vehme

8 mars 1750.

La pluie tombait averse. La nuit commençait à monter sur Venise. Dans une salle secrète du palais des Doges, se tenait une réunion. Trois hommes étaient assis à une table, vêtus de longues robes noires. Face à eux se tenait un homme debout.

- Armando Figateli, le tribunal de la Quarantia 1, dans sa session secrète, vous reconnaît innocent des accusations portées contre vous. Vous pouvez vous retirer.

Armando Figateli, la cinquantaine empesée, le cheveu rare, se leva.

- Grazie Eccellenze, grazie.

- Garde, reconduisez-le dehors, dit le président du tribunal.

Figateli sortit sous les arcades du palais et passa le pont de la paille, puis remonta la calle dei Albanessi, passa le campo Filipo e Giacomo, continua la calle della Chiesa et tourna à gauche. La pluie était dense.

« Hé hé…ça a marché. Ils sont tous les mêmes. »

Figateli déboucha sur le campiello San Giovanni Novo.

- Signor Figateli ?

Débouchant de sous un passage voûté, une ombre se découpa.

- Qui êtes-vous ? demanda Figateli.

- Un ange.

- Mon ange gardien alors, je suis en veine aujourd’hui.

- C’est ce qui m’intéresse : tes veines. Pour te les ouvrir !

- Quoi ?…Laissez moi !

Deux ombres avaient surgit par derrière et saisissaient Figateli par les poignets. Malgré l’obscurité, Figateli vit briller la pointe d’un couteau.

- Je suis l’ange de la mort. Viens visiter mon enfer !

La lame disparue dans la gorge et dessina un arc de cercle avant de ressortir.

- Ainsi doivent périr les vermines de ton espèce.

Les trois ombres s’évanouirent. Le sang de Figateli se répandait au sol, mêlé à la pluie.

§§§

- Vilaine blessure.

Gallardini penché sur le cadavre, ne sentait pas la pluie. Le jour était levé, mais un ciel bas couvrait la cité de la lagune.

- Expéditive, dit Sansino.

- Regarde ses poignets. On le tenait fermement.

- Il n’a pas d’argent. Sans doute des voleurs.

- Ça ressemble à une exécution.

- Qu’est ce qui vous fait dire ça ?

- Une intuition.

- Ah, il y avait longtemps. Je me disais aussi.

Gallardini se releva. Son tricorne était trempé et l’eau coulait des trois pointes, comme des rigoles sur ses épaules.

- Je n’aime pas ça. Mais alors pas du tout.

1 Magistrature chargée des procès civils et criminels

§§§

La suite reste à lire…

( 25 mai, 2007 )

La sanction

La neige recouvrait Venise d’une blancheur un peu lourde. La place Saint Marc semblait un miroir immaculé. Le froid sévissait, et un vent glacial parcourait les rues.

Du palais des doges, monta la voix de Puccero.

- Vous êtes inefficace Gallardini. Je me demande pourquoi je vous garde à votre poste ?

- Je ne comprends pas Excellence. Je n’ai pas arrêté. Il y a beaucoup de rapports qu’il faut vérifier. Tous mes informateurs travaillent et rendent des informations pertinentes pour la Sérénissime.

- Pas assez à mon goût. Et vous en êtes le responsable. Je veux des révélations pas des ragots de commères. Vous n’avez plus votre place au palais ! Vous quitterez vos fonctions dès ce soir.

- Mais…Excellence…

Gallardini était estomaqué. Qu’arrivait-il à Puccero ?

Peu avenant à son égard, il lui octroyait toutefois sa confiance, à défaut de sa sympathie.

Écart de classe sociale.

Mais Gallardini n’avait pas démérité pour autant. Il en était persuadé. Il alla à son bureau.

Des piles de dossiers s’entassaient ça et là. Il n’avait eu le temps de tout noter, classer, vérifier, rapporter.

Était-ce la cause de son renvoi ?

Qu’importaient les dossiers.

On frappa à la porte. Sansino entra.

- Je viens d’apprendre votre départ.

- Renvoyé comme un malpropre ! Et je ne connais même pas mon successeur.

- Je viens d’être nommé par Puccero, dit Sansino.

Gallardini éclata de rire.

« Je saurai faire aussi bien que vous ! Enfin j’espère. »

- Sansino, cette histoire ne me plait pas. Je ne sais pas ce qui se trame mais j’en aurai l’explication.

- Mon talent est reconnu à sa juste valeur, voilà tout. Les feuilles tombent en automne. Vous aurez attendu l’hiver pour choir.

- Ne sois pas déçu si je suis sûr que ma chute sert les desseins supérieurs de certains personnages de la Sérénissime, Sansino.

- Vous aimez les allitérations, mais si ma réussite suscite des surprises, elle n’est due qu’à un sursaut de Puccero, qui s’est souvenu de ma sollicitude.

- Parle plutôt de soumission. Mais je compte sur toi pour m’aider à faire la lumière sur cette affaire.

- Ce bureau est en désordre. J’aimerais que vous y remédiez avant ce soir, dit Sansino en sortant.

- Sansino tu es naïf et idiot.

Gallardini resta seul, pensif.

« Tout cela n’est pas clair. Mais il me faudra rester prudent. »

§§§

Gallardini déambulait, songeur, dans les ruelles de Venise. La neige renvoyait un éclat particulier aux palais. Une lumière laiteuse s’étendait sur la cité

Une jeune femme bouscula Gallardini.

- Hé bien, ne pourriez-vous faire attention ? S’exclama t’elle.

- Veuillez me pardonner mais c’est vous qui…

- Ça alors, il ne voit pas où il va et c’est de ma faute !

La jeune femme tourna les talons et poursuivit son chemin.

Instinctivement, Gallardini la suivit. Celle-ci se retourna une fois puis deux. Gallardini était toujours derrière ses pas.

Elle s’arrêta au pied d’un immeuble. Gallardini suivit. Un escalier un peu raide l’emmena au premier étage. La femme ouvrit la porte. Un lit, une table, une chaise, une bassine et un broc d’eau. Décor succinct.

- Entre, dit elle.

Peu de temps après, les cris et gémissements de la donzelle, emplissaient la pièce.

Gallardini, mal ajusté, redescendit les marches.

« Pas brillant, je devrais prendre du repos. »

Dans la chambre, par la porte restée entrouverte, une voix l’interpella.

- Hé ! C’est deux sequins !

§§§

La suite reste à lire…

( 25 mai, 2007 )

Le sang d’Attila

Venise de nos jours.

Les deux hommes qui arpentaient les ruelles du sestiere Cannaregio avaient attendu ce moment depuis longtemps.

Des mois d’attente, de procédure, de demande, de contrôle, où il avait fallu fournir moult renseignements, motivations en plusieurs exemplaires.

Renouveler la demande.

Attendre.

Et encore attendre.

Encore.

Et toujours.

Enfin elle arriva. Enveloppe anonyme.

Le texte, bref : « rendez vous mardi 5 de ce mois, dix heures, à l’Abbazia della Misericordia. Soyez à l’heure. »

Pas le temps de s’organiser. Il fallait partir de suite. Précaution supplémentaire ?

Les deux hommes franchirent le pont. Le campo de l’Abbazia était bien tranquille. Ils pénétrèrent dans l’église.

L’atmosphère froide et sombre enveloppa les visiteurs. L’église était déserte. L’un des hommes regarda sa montre : neuf heures cinquante neuf.

Ils s’assirent et attendirent. Ils étaient seuls.

- Le présent a une faim de loup, dit une voix dans leur dos.

- Il se nourrit du passé pour apaiser son appétit, répliqua un des deux hommes.

Ils se retournèrent.

Deux rangées derrière, un moine était assis. Capuchon relevé. On ne distinguait pas son visage.

Par où était-il arrivé ?

- Suivez-moi, dit le moine.

Ils se levèrent et se dirigèrent vers un confessionnal.

- Entrez.

Les deux visiteurs pénétrèrent dans la petite enceinte. Le rideau se rabattit. Le confessionnal pivota contre le mur. Une pièce s’ouvrit face à eux. Une simple table, une haute fenêtre inaccessible lançait une lumière irisée.

- Nous serons mieux ici, dit le moine.

Il sortit un ouvrage de sa robe de bure et le posa sur la table.

- Les autorités ont pris en compte votre requête. Elles vous accordent la consultation des archives secrètes pour une période limitée. Au moindre faux pas, cet accès vous sera fermé à jamais.

- Nous cherchons à mieux connaître une cellule secrète, rattachées au Conseil des Dix, et s’occupant d’évènements singuliers, dit l’un des hommes.

- La cellule noire. Une entité bien particulière. Soumise à l’autorité unique du président du Conseil des Dix. Le doge même, ne connaissait pas tout de ses agissements. Elle a été créée au début du XVIe siècle, et ses prérogatives s’étendaient sur les phénomènes paranormaux, ésotériques et inexpliqués. Protégée par un secret des plus opaques, cette cellule n’a jamais eu d’existence officielle. Plus discrète encore que les services secrets, elle avait toute possibilité d’action sur ordre express du président des Dix. Voici un rapport d’un des ces éléments les plus brillants. Il vivait au XVIIIe siècle, et s’appelait Giovanni Gallardini. Vous en apprendrez bien plus en lisant ceci.

Le moine s’approcha du confessionnal.

- Un dernier détail. Vous ne pouvez quitter cette pièce. La consultation de cette archive n’est possible qu’ici. Vous avez une quantité d’oxygène limitée au temps de cette consultation. Au-delà, les bougies s’éteindront et l’oxygène viendra à manquer. Inutile de chercher à briser cette fenêtre, le verre est blindé. De plus, le confessionnal sera bloqué. Si vous vouliez franchir cette porte sans autorisation malgré tout, vous vous exposeriez à une mort certaine.

Le moine entra dans le confessionnal.

- Bonne lecture signori. Vous êtes plus en sécurité dans cette pièce que dans ces pages.

Le confessionnal bascula.

Les deux hommes se regardèrent.

- Tu crois qu’il plaisantait ?

- Ne traînons pas.

Le manuscrit s’ouvrit. Une écriture du passé s’offrit à la lumière diaphane.

Mémoires secrètes et édifiantes sur des agissements et phénomènes mystérieux, au temps de la Sérénissime.

Par Giovanni Gallardini, agent spécial de la Sérénissime et responsable de la cellule noire du Conseil des Dix.

Année 1749.

- Le rapport dont parlait le moine. Il date de 1749. Voyons ce qu’il raconte.

§§§

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( 25 mai, 2007 )

Nature morte sur la lagune

La brume qui enveloppait Venise en ce 12 février 1748, rendait la ville fantomatique. Les jaquemarts de la Torre dell Orologio venaient de sonner cinq coups. Le matin était encore un projet. Le clapotis des vagues qui mourraient sur le molo, donnait un peu de présence à cette léthargie ambiante. La Piazza dormait. Le campanile était noyé dans ce brouillard, coupé en deux par cette nappe blanche. Le palais des Doges était plongé dans le silence.

Seule une silhouette rompait la monotonie chromatique, inscrivant une note de couleur dans cet océan gris clair.

Elle Passa sous les arcades de la Libreria, déboucha sur la Piazzetta, et longea la Basilique dont le quadrige semblait être le seul témoin de sa présence, avant de prolonger vers la Piazzetta dei Leoni. Le froid ne faisait pas reculer deux rats qui déambulaient sur les quais humides près du pont des soupirs. L’ombre remonta la calle Canonica. Le brouillard semblait une peau fine posée sur la Sérénissime. La silhouette releva son écharpe sur son nez. Encore un peu de chemin et elle serait arrivée.

La figure fantomatique s’écroula à terre. Un couteau planté dans le dos. La brume l’avala, vorace comme la mort.

§§§

Le chef de la cellule noire n’aimait pas ça.

Être réveillé trop tôt.

Tout ça pour un cadavre trouvé près du palais. Mais le Conseil des Dix était formel. Le carnaval est une fête. Pas de troubles majeurs pendant les réjouissances.

Le voilà donc dehors Giovanni Gallardini. Grand, brun, un peu bougon par ce réveil trop matinal. La brume tendait son suaire sur les monuments vénitiens que Gallardini connaissait depuis toujours. Né dans le sestiere du Dorsoduro, un des six quartiers de Venise, il avait passé toute son enfance entre les ruelles de la Sérénissime et en connaissait chaque coin.

A première vue, rien d’extraordinaire autour de ce cadavre. Allongé sur le ventre, les bras relevés vers la tête. Le couteau planté dans le dos jusqu’à la garde témoignait cependant d’une force certaine. Le sang n’avait pas coulé au sol. Il était resté dans les fibres du manteau, l’ourlant d’une large auréole rouge. Son visage exprimait la surprise plus que la douleur. Pas de trace de coups ni de lutte. Ses vêtements étaient bien mis sur lui.

Rien dans les poches.

Identité inconnue.

Gallardini alla se poster contre un mur le long de la fondamenta Apollonia.

Quel froid !

Son regard erra sur ses pieds qu’il tapait au sol et accrocha une touche de couleur sur ce gris uni du sol vénitien. Gallardini s’accroupit, toucha d’un index froid la tâche.

- Du sang ? demanda Sansino, son adjoint, un petit homme trapu et à la figure toujours joviale.

- C’est bon, emmenez le corps au chirurgien du palais, répliqua Gallardini en se relevant.

Deux soldats chargèrent le corps sur une barque arrimée non loin de là.

- Je rentre chez moi, finit par dire Gallardini à Sansino.

La brume morcela son contour et l’engloutit, comme affamée par cette vie.

§§§

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( 25 mai, 2007 )

L’envol du saint

Janvier 1783.

Quartier du dorsoduro. Des pas martelaient le sol du campo Sant’Agnese. Une petite enfilade de ruelles, un immeuble le long du canal di San Vio. Un regard vers le large et l’église du Rédempteur au loin, sur l’île de la Giudecca.

L’homme pénétra dans l’immeuble. Quelques marches plus tard, il frappa à une porte.

L’homme qui ouvrit avait soixante-huit ans. Grand, mince, les cheveux blancs.

- Buongiorno signor Gallardini.

- Entrez Casanova.

L’appartement était sobrement décoré. Un appartement de solitaire.

- Je quitte Venise. Définitivement cette fois, déclara Casanova.

- J’ai appris. Votre pamphlet contre les autorités vous a causé du tort.

- L’occasion était trop belle. J’aurais été stupide de la rater.

- Méfiez-vous Casanova. À cinquante-huit ans les routes sont plus longues.

- Je ne serais pas parti sans vous dire adieu.

- Vous me flattez.

- J’ai travaillé comme agent secret de la Sérénissime durant six ans. Rendre hommage à un de ses meilleurs éléments tombait sous le sens.

- Votre vie est agitée, chevalier de Seingalt. Je crois que je vous envie.

- Que faites-vous à présent ?

- Je me laisse bercer par la vision de Venise. Ma seule et éternelle maîtresse. Et puis j’ai décidé d’écrire mes mémoires. J’ai moins voyagé que vous, mais mes aventures en valent la peine.

- Je serai votre premier lecteur. Il faudra que je m’attelle à la rédaction des miennes un jour. Ce serait la plus sage de mes décisions. Qu’est devenu votre fidèle Sansino ?

- Mort. Au cours d’une enquête qui fut ma dernière. Ceci me décida à arrêter.

- Je vous admire Gallardini. Vous ne croyez pas en la grandeur de Dieu ni des hommes, et pourtant vous en êtes le reflet.

- Où allez-vous ?

- Partout et nulle part. Mes semelles sont de vent. Mais elles n’ont ramassé que de la poussière.

- Adieu Casanova.

- Adieu Gallardini. Si le paradis existe, nous nous y reverrons. Le bien que nous avons apporté, l’emportera sur le mal que nous avons fait.

Gallardini regarda à la fenêtre. Venise. Toujours.

Il s’assit à sa table, prit une plume et commença à rédiger.

« Venise la Sérénissime, n’a pas toujours été aussi sereine…

Avril 1751.

Place Saint Marc. La foule des sénateurs, patriciens, bourgeois, marchands et le peuple, se pressait à l’intérieur de la basilique. En ce dimanche matin, la messe de Pâques allait être célébrée par le prêtre de Saint Marc.

Le doge était présent, assis au premier rang, entouré par les membres du collegio.

- In nomine Patri, et Filii, et Spiritus Sanc …fit l’ecclésiastique. Il ne termina pas sa phrase. Le bedeau monta sur l’autel, affolé. Sa phrase glaça l’assistance.

- On a dérobé la relique de Saint Marc !

La catastrophe venait de s’abattre sur Venise.

§§§

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( 25 mai, 2007 )

L’envol du saint

Janvier 1783.

Quartier du dorsoduro. Des pas martelaient le sol du campo Sant’Agnese. Une petite enfilade de ruelles, un immeuble le long du canal di San Vio. Un regard vers le large et l’église du Rédempteur au loin, sur l’île de la Giudecca.

L’homme pénétra dans l’immeuble. Quelques marches plus tard, il frappa à une porte.

L’homme qui ouvrit avait soixante-huit ans. Grand, mince, les cheveux blancs.

- Buongiorno signor Gallardini.

- Entrez Casanova.

L’appartement était sobrement décoré. Un appartement de solitaire.

- Je quitte Venise. Définitivement cette fois, déclara Casanova.

- J’ai appris. Votre pamphlet contre les autorités vous a causé du tort.

- L’occasion était trop belle. J’aurais été stupide de la rater.

- Méfiez-vous Casanova. À cinquante-huit ans les routes sont plus longues.

- Je ne serais pas parti sans vous dire adieu.

- Vous me flattez.

- J’ai travaillé comme agent secret de la Sérénissime durant six ans. Rendre hommage à un de ses meilleurs éléments tombait sous le sens.

- Votre vie est agitée, chevalier de Seingalt. Je crois que je vous envie.

- Que faites-vous à présent ?

- Je me laisse bercer par la vision de Venise. Ma seule et éternelle maîtresse. Et puis j’ai décidé d’écrire mes mémoires. J’ai moins voyagé que vous, mais mes aventures en valent la peine.

- Je serai votre premier lecteur. Il faudra que je m’attelle à la rédaction des miennes un jour. Ce serait la plus sage de mes décisions. Qu’est devenu votre fidèle Sansino ?

- Mort. Au cours d’une enquête qui fut ma dernière. Ceci me décida à arrêter.

- Je vous admire Gallardini. Vous ne croyez pas en la grandeur de Dieu ni des hommes, et pourtant vous en êtes le reflet.

- Où allez-vous ?

- Partout et nulle part. Mes semelles sont de vent. Mais elles n’ont ramassé que de la poussière.

- Adieu Casanova.

- Adieu Gallardini. Si le paradis existe, nous nous y reverrons. Le bien que nous avons apporté, l’emportera sur le mal que nous avons fait.

Gallardini regarda à la fenêtre. Venise. Toujours.

Il s’assit à sa table, prit une plume et commença à rédiger.

« Venise la Sérénissime, n’a pas toujours été aussi sereine…

Avril 1751.

Place Saint Marc. La foule des sénateurs, patriciens, bourgeois, marchands et le peuple, se pressait à l’intérieur de la basilique. En ce dimanche matin, la messe de Pâques allait être célébrée par le prêtre de Saint Marc.

Le doge était présent, assis au premier rang, entouré par les membres du collegio.

- In nomine Patri, et Filii, et Spiritus Sanc …fit l’ecclésiastique. Il ne termina pas sa phrase. Le bedeau monta sur l’autel, affolé. Sa phrase glaça l’assistance.

- On a dérobé la relique de Saint Marc !

La catastrophe venait de s’abattre sur Venise.

§§§

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( 25 mai, 2007 )

La dernière mission

Venise, trente et un décembre 1792.

Le soir descendait sur la lagune. Plus que quelques heures avant la nouvelle année.

Dans l’appartement, la cheminée brûlait quelques bûches. Gallardini contempla le feu qui déclinait lentement.

Dehors le froid, et la neige avaient rendu Venise bien silencieuse et déserte.

Gallardini se regarda dans un miroir. Son visage avait gardé tout son dynamisme, malgré les rides propres à ses soixante-dix-huit ans. Il se versa un verre de vin blanc qu’il porta devant le miroir, face à son reflet.

« À tes souvenirs, mon vieux Giovanni ».

Il s’approcha d’une table sur laquelle des feuilles blanches et une plume d’oie attendaient la dictée.

« À mes amis de toujours ».

Une larme quitta le coin d’un œil et roula, insolente, sur la commissure de sa bouche.

« Ma vie est comme cette larme. Elle n’aura pas manqué de sel, malgré son insigne fragilité. »

Devant lui au loin, l’église du redentore sur l’île de la Giudecca commençait à estomper ses contours dans un brouillard hivernal épais.

Gallardini s’assit.

« Encore une. Pour le futur ».

- Voudriez-vous de l’aide ?

À ses côtés, une vision translucide venait d’apparaître. Un ectoplasme.

- Sansino ! Cela fait si longtemps.

- Je le sais. Je n’ai pas eu le loisir de vous contacter depuis ma mort.

- Comment est-ce ?

- Apaisant.

- Et Gédémus ?

- Il poursuit ses expériences. Il parcourt tous les livres possibles. Il a l’éternité à présent.

- Mes chers amis…

- Quelle aventure allez-vous écrire ?

- Je n’en sais trop rien.

- Pourquoi ne pas parler de la dernière mission ? La boucle sera bouclée. J’ai le sentiment que vous n’en n’écrirez pas d’autre.

- Tu as raison. Je me sens las.

- Écrivez. Je vais vous aider. Après tout, cette mission fut spéciale pour nous deux. Et il est logique que je participe enfin à l’écriture d’une de nos péripéties.

- Soit.

Gallardini trempa la plume dans l’encre.

Mémoires secrètes et édifiantes sur des agissements et phénomènes mystérieux, au temps de la Sérénissime.

Par Giovanni Gallardini, agent spécial de la Sérénissime et responsable de la cellule noire du Conseil des Dix.

Année 1773.

 

« Je t’écoute Sansino ».

Venise, novembre 1773…

La Sérénissime pataugeait dans l’acqua alta et le froid. La piazza était inondée. Des marins traversaient la vaste place, transportant sur leur dos patriciens et patriciennes qui ne souhaitaient pas mouiller leurs chausses.

Sansino arrivait vers le palais, transportant un vieil homme. Celui-ci s’agitait sur son dos et brandissait sa canne devant les yeux de son cavalier.

- À gauche, à gauche mon garçon !

- Vous m’avez dit à droite !

- Maintenant je veux aller à gauche.

Sansino soupira et prit le chemin vers la gauche.

- Pas par là, par là !

- Ce n’est pas à gauche, c’est tout droit !

- Je sais où je veux aller tout de même.

- Je me le demande…

Un ouvrier traversa la piazza, portant sur son dos une jolie femme. Il passa à côté de Sansino qui se retourna sur le passage de la belle.

- Mais…Où va-tu ? Tourne maladroit !

- Un instant on n’est pas pressé, répliqua Sansino.

Le vieillard s’énervait au dessus de Sansino.

- Allez hue cocotte !

Sansino s’impatienta.

- Hé ho, ça va là haut !?

Les jambes maigrelettes tapotaient les hanches de Sansino.

- En avant fidèle Bucéphale !

Sansino se cabra et tourna sur lui-même.

- Ho ho…tout doux bijou…fit l’ancêtre.

Sansino se releva brutalement.

Le vieux détela et s’affala dans l’eau sous les quolibets des autres vénitiens.

 

- Mascalzone, pezzente, ladrone 1 tu vas goûter mon bâton !
1 Maraud, faquin, ladre

- Laissez-moi vous aider.

Un homme coiffé d’un tricorne, releva le vieillard, ivre de rage.

Le bâton s’abattit sur le dos de Sansino.

-Maladroit

- Ahh, Aïe !

Sansino s’éloigna.

- Ah le lâche il fuit. Gueux, faquin, maraud !

- Grimpez sur mon dos, nous allons le rattraper dit l’homme.

Le vieillard s’accrocha. Le tricorne tomba sur les yeux de l’homme, à moitié aveuglé.

- Hé mais…où va-t-il…hé …attention ! S’époumona le vieillard.

L’attelage dérivait. Le vieux s’accrocha autour de la tête du cavalier. Les yeux à demi cachés, le porteur tanguait dangereusement.

- Aïe aïe aïe…s’écria l’homme.

L’ancêtre s’accrochait ferme. Le porteur dansait sur un pied. Il se baissa brutalement. Le vétéran bascula par-dessus et s’abattit face en avant dans l’eau. Les quolibets redoublèrent.

L’homme s’éloigna. Le vieux l’injuriait à bonne distance, les fesses assises dans l’eau.

- Mueux, laraud, gaquin ! …Je suis tout trempé à présent.

Un homme s’approcha.

- Un peu d’aide signore ?

- Ah non, ça suffit ! J’irai à pied ! Me forcer à prendre un bain ! Moi !

Gallardini rejoignit Sansino.

- Bien joué Sansino.

- Vous n’étiez pas mal non plus. Me voilà vengé de ce Manuzzi 2. Il ira colporter ses ragots ailleurs que sur moi.
2 G.B Manuzzi était un espion de la Sérénissime, dont on a retrouvé dans les archives officielles, nombre de lettres de dénonciations adressées aux inquisiteurs d’État.

 

- Rentrons au palais, dit Gallardini.

Les deux hommes grimpèrent l’escalier des géants.

- Pffou…ces marches me fatiguent. Ne pourrait-on inventer un monte charge pour nous ?

- À l’intérieur des palais ? Tu déraisonnes Sansino.

Ils arrivèrent à la porte du petit bureau de Gallardini. Un cordon noir pendait à la poignée.

- Puccero veut vous voir, on dirait.

 

 

§§§

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( 25 mai, 2007 )

L’alliance de Baalberith

La nuit s’étendait sur la lagune et la Sérénissime. Les pas d’un homme apeuré résonnaient dans sa course à travers les calli de Venise.

Non loin de là, Gallardini marchait, pensif.

« Je ne vais pas pouvoir continuer comme ça… ».

Il franchit un pont tranquille. La lune se regardait dans le miroir noir du rio.

« …Partir quand son mari rentre ».

Les ruelles étaient calmes et désertes.

« J’ai les mœurs d’un français ».

Il s’engagea dans un passage.

« Bel exemple en vérité… ».

L’homme se jeta dans les bras de Gallardini.

- Aidez-moi !! Les forces des ténèbres…Elles me veulent ! dit-il accroché à son cou.

Gallardini tenta de se dégager.

- Vous délirez. Laissez-moi ! Ordonna t-il.

L’homme s’agrippait à sa veste.

- Je suis déjà mort ! Secourez-moi !

L’homme disparu brutalement.

« Drôle d’air pour un triste hère… » Pensa Gallardini, avant de reprendre son chemin.

L’homme continua sa course le long du corte Capello. Il s’arrêta net. Devant lui, une ombre géante barrait le passage. Il se retourna pour fuir. Le passage était bloqué par une autre ombre qui venait d’arriver et se dressait menaçante.

Une troisième ombre surgit devant lui comme tombée du ciel d’encre. Ses deux ailes noires entourèrent l’homme captif.

- Tu as volé l’alliance…gniii…désormais tu appartiens à notre royaume…gniii.

L’homme recula, terrifié.

-…Non !!

Le corps de l’homme fut comme frappé par la foudre. Il retomba lourdement au sol, sans un cri. Mort.

- Fouillez-le…gniii.

Deux ombres s’activèrent sur le cadavre.

- sss c’est sssans sssuccès…il n’a plus l’alliance…sss, dit l’une d’elles.

- rrhâââ…où l’a-t-il caché …rrr ?

- Rien n’est perdu…gniii…je la sens proche de moi…gniii.

Gallardini continuait sa marche.

« C’est décidé, j’arrête de la voir ! »

Son reflet déchiqueté dansait dans l’eau du rio Orseolo, qu’il longeait.

« J’arrête de la voir…comme un voleur ».

Il s’arrêta un bref instant, et fixa la lune qui jouait entre deux nuages sombres.

« Fichue histoire…Femmes je vous hais…me ».

Gallardini plongea les mains dans les poches.

« Qu’est-ce que c’est ? »

Il en tira une bague qui semblait d’argent.

« Ça n’est pas à son mari ça ?! »

« De plus mes vêtements étaient loin de son lit… »

« Elle aura voulu me faire un cadeau ».

Gallardini enfila la bague autour d’un de ses doigts.

« Trop grande. Je la lui rapporterai demain soir ».

L’anneau se resserra autour du doigt de Gallardini. La bague s’alluma.

- Mille lagunes ! s’écria t-il.

Gallardini observait l’anneau gris, intrigué. Il remarqua des étoiles à neuf branches gravées dessus, ainsi que quatre lettres : A.M.S.G.

« Joli bijou ma foi. Il me faudra la remercier. Rude soirée en perspective… », songea t-il.

Gallardini reprit son chemin. La ruelle dans laquelle il venait de pénétrer était sombre et silencieuse. Pourtant il distingua un corps, gisant.

Il s’agenouilla et reconnu l’homme qui l’avait accosté.

La bague s’illumina à nouveau. Le corps se désagrégea sur place, s’enfonçant dans le pavement, comme une boue liquide. Puis il disparu, totalement avalé par le sol.

La bague s’éteignit. Gallardini fixa sa main.

« Cela ressemble fort au début des ennuis ».

Il tourna les talons et reprit sa marche.

« Et les ennuis se partagent. Puis, il y a longtemps qu’on ne s’est vu. ».

§§§

Le campo di ghetto nuovo était désert.

L’immeuble dans le coin. De la lumière sous la coupole. Il était là.

Deux coups brefs à la porte.

- Entre Giovanni.

- Comment as-tu fait ?

- J’ai reconnu le son de tes doigts.

- Tu m’étonneras toujours Gédémus.

Rijsenstein désigna une table.

- Un peu de chocolat ? C’est une mode française. Mais j’y mets du lait à la place de l’eau. C’est bien meilleur. Les français manquent de raffinement.

Gédémus alla s’asseoir près de la cheminée.

- Quel vent d’inquiétude t’amène ?

- L’envie de te voir, simplement.

- À cette heure de la nuit ? Taratata, cette visite n’est pas de courtoisie.

Gallardini posa ses mains sur les accoudoirs d’un fauteuil pour s’asseoir face à son ami.

- Quelle est cette alliance ? Questionna Gédémus.

- C’est un peu pour ça que je suis là.

Gédémus prit la main de son ami, et observa en détail le bijou.

- D’où la détiens-tu ?

- D’un fou qui est mort.

Gédémus soupira. Il ôta ses lorgnons et se cala au fond du fauteuil.

- Par tous les versets de la Torah, de quelle nature procèdes-tu pour te fourrer dans des guêpiers en permanence ?

- Mais je n’ai rien fait Gédémus !

Rijsenstein fixa Gallardini.

- Justement. C’est maintenant qu’il va falloir agir !

§§§

la suite reste à lire…

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